Professionnel de santé ?

Vaccination Covid19 : 6 questions au Dr Kristell Delarue

Alors que la vaccination contre la Covid-19 est au cœur des débats et provoque de nombreuses incertitudes auprès des patients, Medaviz a invité le Dr Kristell Delarue à répondre aux questions des professionnels de santé.

Après avoir exercé en libéral, le Dr Delarue est Médecin de PMI à Paris depuis 2012. Diplômée d’un DIU de vaccinologie, elle est l’une des référentes en la matière pour le service de PMI de Paris. Elle est également auteure d’ouvrages comme L’hésitation vaccinale et d’un blog www.stethoscopeencompote.com

Jeudi 28 janvier, elle a abordé les grandes questions posées par ses pairs lors du Medaviz Live consacré à la campagne de vaccination.

Quels sont les enjeux et principes de la campagne vaccinale ?

La stratégie vaccinale repose sur de nombreux facteurs et nécessite la forte mobilisation des professionnels de santé. Elle repose sur les trois grands principes de la gratuité, de la haute sécurité et du libre-arbitre. Considérée comme un véritable enjeu de la santé publique, elle doit se conformer aux trois objectifs suivants :

  • Faire baisser la mortalité et les formes graves de la maladie,
  • Protéger les soignants et le système de soins,
  • Garantir la sécurité des vaccins et de la vaccination.

Quelles sont les spécificités du SARS-CoV-2 et de la COVID-19 ?

La plupart des malades de la Covid-19 présentent uniquement des symptômes ORL plus ou moins marqués et certains patients sont asymptomatiques. Les défenses immunitaires innées – surtout lorsqu’elles sont entraînées – permettent parfois de stopper les coronavirus au niveau des muqueuses de la gorge et du nez. Si elles ne sont pas suffisantes, une immunité spécifique humorale et cellulaire contrôle l’infection chez la majorité des patients.

Les coronavirus qui ne sont pas “stoppés” par la sphère ORL, peuvent provoquer la forme grave de la maladie (forme pulmonaire notamment). Ils se diffusent alors vers d’autres organes dont les cellules expriment les récepteurs aux virus, tels que le cœur, les reins et les vaisseaux sanguins. Ainsi, chez certaines personnes, la sévérité de la Covid-19 provient clairement de réponses immunitaires inappropriées, excessives et/ou inadéquates. C’est pourquoi de nombreux traitements cherchent à freiner et non à stimuler les réponses immunitaires/inflammatoires.

Quels sont les vaccins au développement le plus avancé ?

Actuellement, les 3 vaccins en étude de phase III sont développés par AstraZeneca-Oxford University, Moderna et Pfizer-BioNTech. Le premier est un vecteur viral (non réplicatif) administré en 2 doses espacées de 4 semaines. Les deux autres sont des ARNm (encapsulés dans une particule lipidique), le vaccin Moderna nécessitant 2 doses espacées de 4 semaines, contre 2 doses en 3 semaines pour le Pfizer-BioNTech. Ils ont été testés sur 30 000 à 44 000 sujets, la moitié d’entre eux ayant reçu un placebo.

Les vaccins de type ARNm doivent assurer une protection individuelle contre l’infection et ses formes sévères à hauteur de 50% avec une dose et 95% après la seconde injection. L’hypothèse est qu’ils exerceront très probablement un effet de groupe si le taux de couverture vaccinale est suffisant, donc supérieur à 65-70%. Bien évidemment, la durée de cette protection reste inconnue et leur efficacité ne peut qu’être renforcée par le recours aux gestes barrières.

Quelles sont les contre-indications médicales aux vaccins ARNm ?

Les contre-indications sont : les chocs anaphylactiques lors de l’injection du vaccin, les chocs anaphylactiques répétés avec des allergènes différents non étiquetés et qui mérite une exploration allergologique préalable, ou toute allergie reconnue à l’un des composants du vaccin.

Pour les patients à terrain atopique, la HAS ne recommande pas le vaccin en cas d’ antécédents d’allergie graves de type anaphylactique, dans l’attente de données complémentaires. Les réactions allergiques non anaphylactiques ne constituent quant à elles, pas une contre-indication et les antécédents d’allergie ou d’anaphylaxie isolée ne constituent en aucun cas une contre-indication systématique. Et comme pour tout vaccin, il est conseillé de le retarder en cas de maladie aiguë modérée ou sévère.

En pratique, il est indispensable de sécuriser la vaccination : surveillance systématique >15 minutes et adrénaline injectable à disposition.

Quelle est la procédure de vaccination ?

Il est essentiel de rappeler que la vaccination contre la Covid-19 ne revêt aucun caractère obligatoire. Toute personne a donc le droit de la refuser et les professionnels de santé doivent respecter la volonté du patient, après l’avoir informé des conséquences de ce choix.

La consultation pré-vaccinale doit aborder les traitements en cours, les antécédents d’allergie, les cas de grossesse ou d’allaitement, les antécédents d’infection à la Covid-19 et les vaccinations récentes. L’injection doit idéalement s’effectuer en intra-musculaire, sans pli cutané.
Dans un contexte d’allocation progressive des doses, la priorisation des publics visés reste évolutive et consultable sur le site de la Haute Autorité de Santé(1).

Comment coter un acte de vaccination ?

Afin de vous orienter au mieux, retrouvez le tableau complet de facturation des actes de vaccination Covid, disponible sur le site ameli.fr.

Vous souhaitez participer ou animer un webinar Medaviz ? Contactez-nous via [email protected]

(1) https://www.has-sante.fr/jcms/p_3221338/fr/strategie-de-vaccination-contre-le-sars-cov-2-recommandations-preliminaires-sur-la-strategie-de-priorisation-des-populations-a-vacciner

(2) https://www.ameli.fr/sites/default/files/Documents/721416/document/tableau-facturation-acte-vaccinationcovid19.pdf