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Quelles conclusions pour les Assises de la télémédecine ?

Quelles conclusions pour les Assises de la télémédecine

Quels enjeux pour les Assises de la télémédecine ?

Les Assises de la télémédecine ont été lancées en juin 2025 conjointement par l’Assurance Maladie (Cnam) et le ministère de la Santé, représenté par la direction générale de l’offre de soins (DGOS). L’objectif était d’identifier de nouvelles orientations pour la télémédecine, en particulier sur le volet de la téléconsultation, afin de :

  • Clarifier le cadre réglementaire et les règles de prise en charge,
  • Favoriser les usages pour les personnes les plus éloignées du soin,
  • Améliorer la qualité des soins et inscrire la téléconsultation dans la pratique médicale.

L’évolution des usages, depuis 2018 et depuis la fin de la pandémie de COVID-19, suscite en effet de réelles questions. 

Medaviz vous présente un décryptage des conclusions de cet événement.

Les tendances de la téléconsultation

Contrairement à une idée reçue, la téléconsultation ne s’est pas développée aussi massivement qu’attendu depuis 2020. Elle ne représente que 3 à 4% du total des consultations en France. C’est un peu plus qu’en Allemagne, mais beaucoup moins qu’au Royaume-Uni, en Espagne ou au Danemark, où les téléconsultations représentent entre 20 et 30% du total1.

Le fait significatif, en France, est que les plateformes de téléconsultation, qui ne représentaient que 1% des téléconsultations facturées à l’Assurance Maladie en 2020, en représentent aujourd’hui près de la moitié (43%). Autrement dit, la téléconsultation au sein du monde hospitalier et libéral est tout à fait marginale.

Par ailleurs, le récent rapport de la Cour des Comptes a bien démontré que les publics utilisateurs de la téléconsultation, et en particulier de ces plateformes, n’étaient pas particulièrement des personnes éloignées du soin2. En d’autres termes : en l’absence de stratégie claire, la téléconsultation ratait sa cible.

La méthode des Assises

Les Assises de la télémédecine ont mobilisé les forces vives de l’Assurance Maladie et du Ministère de la Santé. De très nombreux professionnels de santé, représentants de patients, industriels de la santé, sociétés de téléconsultation, y ont pris part également. De ce point de vue, cet événement a été  un succès majeur et a réussi à créer une prise de conscience collective de la nécessité d’apporter des réponses.

Toutes les parties prenantes ont été d’abord auditionnées, puis un lancement officiel en juin 2025 a permis d’établir un constat chiffré du secteur. Par la suite, sept ateliers régionaux ont été conduits et menés par les Caisses Primaires d’Assurance Maladie en coordination avec les Agences Régionales de Santé. Chaque atelier portait sur une thématique particulière :

  • Atelier n°1 : Télémédecine et publics vulnérables, mené par la région Grand-Est,
  • Atelier n°2 : Les modalités de la téléconsultation accompagnée, mené par la région Bretagne,
  • Atelier n°3 :  Quel lien avec les territoires ? mené par région Occitanie,
  • Atelier n°4 : La téléconsultation en Outre-Mer, mené par la Martinique et la Guyane,
  • Atelier n°5 : Téléexpertise, mené par la région Nouvelle-Aquitaine,
  • Atelier n°6 : Pertinence, qualité et formation, mené par la région Ile-de-France,
  • Atelier n°7 : Filières visuelle et auditive, mené par la région Normandie.

Le 26 juin 2026 a clos les Assises de la télémédecine, mais tout reste encore à décliner. Le discours de Madame la ministre Stéphanie Rist a dessiné les conclusions de ce travail.

Quelles conclusions pour les Assises de la télémédecine ?

Les Assises de la télémédecine ont donné lieu à quatre  axes de travail :

  1. Le développement des compétences des professionnels de santé,
  2. Le renforcement de la place de la télémédecine dans le parcours de soin,
  3. Le soutien à la téléconsultation pour les publics les plus éloignés du soin,
  4. L’amélioration de la qualité des soins et la lutte contre les dérives.

Medaviz décrypte pour vous cette feuille de route.

Le développement des compétences des professionnels de santé

Comme toute pratique médicale nouvelle, la télémédecine n’est pas forcément intuitive. Pour être de qualité, elle nécessite un apprentissage certain. L’objectif de la ministre est donc que tous les soignants soient formés aux bonnes pratiques de la télémédecine. Les enseignements en télésanté des étudiants, déjà existés, seront renforcés. Ils s’appuieront sur le travail des universités et des sociétés savantes.

Le renforcement de la place de la télémédecine dans le parcours de soins

L’objectif est de créer de réels parcours hybrides, dans lesquels la télémédecine n’est pas un acte isolé, mais une façon de mieux coordonner les parcours de soins. Concrètement, cela s’opérera par :

  • De nouvelles recommandations de la Haute Autorité de Santé sur les cas d’usages de la télésanté pour les pathologies chroniques et la pertinence des prescriptions en téléconsultation,
  • Le soutien à des parcours de téléexpertise, en mettant en relation les experts requis des Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) et les maisons France Santé, et en développant les équipes de soins spécialisés (ESS),
  • L’obligation de transmettre un compte-rendu de chaque téléconsultation dans Mon Espace Santé afin que le médecin traitant en soit correctement informé.

Le soutien à la téléconsultation pour les publics les plus éloignés du soin

Les publics éloignés du soin sont multiples : personnes en situation de handicap, détenus, habitants de déserts médicaux, publics vulnérables, etc. Le soutien à ces publics passera par :

  1. Un assouplissement du seuil maximum de 20% d’activité de téléconsultation pour certains médecins, en particulier les retraités, les remplaçants, et les jeunes parents. Des dérogations pourront être obtenues. Par ailleurs, les téléconsultations assistées ne seront pas comptabilisées dans ce volume d’activité,
  2. L’accompagnement des téléconsultations assistées en EHPAD et la possibilité pour les assistants médicaux et les auxiliaires médicaux d’assister le patient si les infirmiers ne sont pas disponibles,
  3. La mise à disposition d’un annuaire des bornes de téléconsultation assistée accessibles aux personnes en situation de handicap.

L’amélioration de la qualité des soins et la lutte contre les dérives

Pour répondre aux inquiétudes de nombreux professionnels de santé sur les dérives de la téléconsultation, la Ministre a également annoncé : 

  1. L’obligation pour les sociétés qui commercialisent des cabines de téléconsultation de déclarer préalablement à l’Agence Régionale de Santé leur implantation et d’en informer la CPTS,
  2. Une surveillance accrue des actes dans les filières optiques et d’audioprothèses. L’Assurance Maladie et la DGCCRF (répression des fraudes) devraient donc poursuivre le contrôle mis en place ces derniers mois, ayant mis en lumière de nombreux manquements déontologiques. 

Conclusion

L’ensemble de ces points seront à préciser pour rendre leur mise en œuvre effective et efficiente afin de développer les usages éthiques de la télémédecine.

Les Assises de la télémédecine auront été un bel espace de dialogue entre tous les acteurs de l’écosystème du numérique en santé. Les conclusions actuelles ne sont pas encore de nature à changer la donne et à intégrer pleinement la téléconsultation dans le parcours de soins mais constituent une première étape.

  1. Panorama de la santé 2025, Les indicateurs de l’OCDE
  2. Les téléconsultations, Une place limitée dans le système de santé, une stratégie à clarifier pour améliorer l’accès aux soins, Cour des Comptes, Avril 2025