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L’expérimentation d’un financement au forfait des centres médicaux Ramsay Santé pour repenser les soins primaires

Dernière actualisation le 5 mars 2026

Découvrez le témoignage du Dr Alexis Roullaud, médecin généraliste et coordinateur national des centres médicaux Ramsay Santé.

«La tarification au forfait incite naturellement à maintenir un bon état de santé général, transformant la performance médicale en bénéfice collectif »,  Dr Alexis Roullaud.

Une expérimentation en capitation

Dans un contexte de fortes tensions pesant sur l’ensemble du système de santé (pénurie médicale, demandes croissantes, tensions sur les accès aux soins…), certains acteurs s’engagent dans une transformation structurelle. 

Inscrit dans une expérimentation nationale portée par le Ministère de la Santé, les Centres Médicaux Ramsay Santé ont développé une solution de proximité innovante autour d’une tarification au forfait dans cinq centres médicaux en France : Bourg-de-Péage (26), Pierrelatte (26), Argenteuil (95), Ris-Orangis (91), et Oyonnax (01). Le Dr Alexis Roullaud, qui coordonne le dispositif, partage son expérience et le changement de culture que cette approche implique.

Passer d’une logique d’actes à une logique de santé globale axée sur la prévention

Dans un modèle classique, chaque consultation génère une rémunération à l’acte. Avec une tarification au forfait, la logique s’inverse : un financement  annuel est attribué pour chaque patient inscrit, couvrant l’ensemble des actes intellectuels (consultations, visites, certificats, suivi pédiatrique…). Le montant varie selon l’âge, le sexe, la situation socio-économique, la présence d’une affection longue durée (ALD) et le niveau de désertification médicale du territoire.

« Cette forme de tarification fait évoluer notre manière d’envisager la médecine. Elle nous permet de nous concentrer davantage sur notre objectif : que les patients aillent mieux, durablement.»

Cette approche, déployée dans le cadre de l’Article 51 et dans des zones sous-denses, place la qualité du suivi au-dessus de la quantité d’actes médicaux. Un pivot majeur pour les soins primaires.

Un travail d’équipe libéré

L’un des bouleversements les plus structurants concerne l’organisation interne : le centre de soins devient le médecin traitant, et le suivi s’appuie sur une équipe pluriprofessionnelle. Les centres expérimentaux peuvent regrouper des médecins généralistes et des infirmiers en pratique avancée (IPA), des psychologues et des secrétaires. 

« Ce modèle nous permet de répartir les tâches en fonction du besoin réel du patient. Parfois, la prise en charge la plus pertinente n’est pas celle du médecin, et c’est libérateur pour tout le monde ». Cette dynamique collective fluidifie les parcours, renforce la disponibilité clinique et replace la compétence au cœur du soin.

Quand la prévention devient un moteur de performance

Avec la rémunération à l’acte, la prévention reste invisible et non valorisée. La capitation renverse cette logique : mieux vaut investir dans la santé que dans la maladie. 

Le Dr Roullaud cite par exemple une campagne de vaccination menée dans un centre francilien, avant l’hiver : « Nous avons atteint un taux de vaccination très supérieur à celui du territoire. Résultat : moins de ruptures de soins, moins de consultations non programmées. »

Maintenir la population en bonne santé devient un objectif partagé, bénéfique pour les patients comme pour le système.

Le numérique : un outil central de continuité

La réussite du modèle s’appuie sur un dossier médical partagé, accessible à tous les professionnels du centre. « L’information n’est plus fragmentée. Nous travaillons sur une base commune, ce qui sécurise et accélère la prise en charge. »

Un modèle économique encore en ajustement

À l’entrée dans le dispositif, la première consultation reste facturée classiquement. Ensuite, toute consultation future est inclus dans le forfait. 

Chaque centre engagé est situé dans une zone en déficit médical, comme celui de Pierrelatte, qui comptait 15 000 habitants pour 1,5 médecin au lancement.

« Là où il manque des médecins, la tarification au forfait redonne de l’oxygène. Elle nous permet d’offrir un suivi cohérent à des populations qui, jusque-là, renonçaient souvent aux soins. »

Des résultats déjà visibles

Les premières observations montrent une diminution progressive du nombre de consultations après quelques mois d’inclusion : les patients arrivent avec une demande forte, mais leur état de santé s’améliore. « On voit une vraie courbe vertueuse : plus de prévention, plus de coordination, et au final moins d’actes médicaux.» Un signe encourageant pour la pérennisation du modèle.

Un changement culturel profond

Pour le Dr Roullaud, la tarification au forfait demande un temps d’appropriation : « On sort d’une logique de réponse immédiate à la demande pour entrer dans une logique de santé durable. Ce n’est pas qu’un changement de financement, c’est une nouvelle façon d’exercer ». Formation, travail en équipe, implication du patient : tout le système doit évoluer.

Une renfort médical assuré par les médecins Medaviz

Depuis octobre 2025, les centres médicaux Ramsay Santé s’appuient sur la téléconsultation avec les équipes Medaviz, agréée Société de Téléconsultation. 

L’objectif : étendre les capacités médicales, notamment en renfort en soirée et le week-end lorsque les centres sont fermés. « Les patients bénéficient du même suivi et des mêmes protocoles, même en dehors des horaires d’ouverture. C’est un vrai plus pour la continuité des soins ». Après chaque consultation, un compte rendu médical est transmis directement au médecin traitant et intégré au dossier médical du patient assurant ainsi une continuité du suivi et évitant toute perte d’information.

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Vers un modèle durable et plus humain

Pour le Dr Roullaud, l’enjeu dépasse largement l’expérimentation : « Ce que nous construisons, c’est un modèle de soins qui fait sens : collectif, préventif, coordonné et centré sur la santé durable ».

Si les résultats se confirment, la rémunération au forfait pourrait devenir une réponse structurante à la crise qui pèse sur l’ensemble du système de santé.