Bonne pratique numéro 1 : Accorder la priorité au confort d’exercice des professionnels de santé de votre CPTS

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La signature de l’ACI en 2019 et l’émulation impulsée par les premières CPTS en fonctionnement ont généré de belles réussites territoriales, malgré quelques difficultés (projets de santé éloignés des besoins réels des professionnels initiateurs de la démarche, complexité administrative à finaliser le projet et lancer la CPTS). La signature de l’ACI a recentré les CPTS sur le besoin de réaliser les trois missions socles obligatoires, assorties à des objectifs qualitatifs / quantitatifs, minimes mais existants.

Il est par conséquent essentiel de rappeler que l’exercice coordonné s’inscrit dans une dynamique d’accompagnement et d’amélioration globale de la pratique des professionnels de santé, en permettant de mieux réguler les flux externes (harmoniser la patientèle en évitant la suractivité ou la sous-capacité) et internes (lutter contre l’isolement dans un territoire et faciliter les échanges interprofessionnels)

Gagner du temps :

Certes, cette notion reste difficilement mesurable. Cependant, accélérer la prise en charge d’un patient en premier et second recours permet indéniablement aux professionnels de santé de gagner du temps :

  • Une infirmière libérale qui peut réagir instantanément au chevet d’un patient limite les complications futures, pour le patient bien évidemment, pour elle-même, pour le médecin traitant du patient et le second recours.
  • Un médecin généraliste qui obtient l’avis d’un spécialiste sur un ECG alors que le patient est toujours dans son cabinet, évite toute toute rupture du parcours de soins et les éventuelles dégradations d’état associées.

Améliorer la rémunération :

Nouveaux actes à la nomenclature, ROSP, budgets alloués au titre du conventionnement ACI de la CPTS, etc., de nombreux bonus existent pour inciter les professionnels de santé à rejoindre les dispositifs territoriaux :

  • La téléconsultation et le télésoin sont, par exemple, codés dans la réglementation comme des outils de suivi à distance entre les professionnels de santé et leurs patients. Rappelons que ce suivi était traditionnellement réalisé bénévolement par téléphone ou par email !
  • De même pour la téléexpertise désormais encadrée et rémunérée, qui permet de limiter les échanges de SMS ou d’emails non sécurisés et peu pertinents en termes de traçabilité).

Favoriser les connexions entre les professionnels de santé

Aujourd’hui, aucun professionnel n’exerce de manière isolée. Cependant, la coordination ou la mobilisation au sein d’un réseau de compétences nécessite un temps dont ils ne disposent pas toujours. Les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles ont ainsi permis la rencontre, ne serait-ce que fortuite, des praticiens amenés à se solliciter dans leur exercice. L’outil numérique déployé par les CPTS, permet quant à lui de connecter les individus en abolissant les distances. Il devient ainsi logiquement un vecteur de soutien des professionnels au quotidien :

  • L’important travail de visualisation des flux de patientèle du premier au second recours réalisé par la fédération des URPS en Centre – Val de Loire, a permis de calibrer les CPTS de la région à une échelle « réelle », optimisant les liens naturels de professionnel à professionnel.
  • En Corse, dont les caractéristiques insulaires et le vieillissement de la démographie médicale entraînent de nombreux médecins à exercer seuls sur un territoire couvrant plusieurs dizaines de km², la CPTS peut aider à créer ou recréer du lien, avec l’équipe de soins et les professionnels plus éloignés.

Améliorer la pratique par une formation continue

Les outils et procédures mis en place doivent globalement permettre un traitement instantané des problématiques auxquelles chaque professionnel est confronté.

Pour un médecin généraliste, accompagner un patient dans une téléconsultation avec un spécialiste ou soumettre un dossier de téléexpertise, requiert un complément de formation et d’information. Il en est de même pour un infirmier ou un pharmacien, qui assiste un patient en téléconsultation.

Cet aspect “formateur” de la CPTS ne se mesure pas actuellement. Pourtant il améliore durablement les conditions d’exercice et représente un atout déterminant à long terme :

  • L’acquisition d’une solution régionale de type « réseau social d’entreprise » (centrée sur l’activité du professionnel et non sur le patient) en Centre – Val de Loire, a permis aux professionnels de santé d’apprendre à se connaître, à partager des protocoles et des documents, donc à s’organiser avant d’aller plus loin dans la structuration métier.

Enfin, recentrer le débat sur le confort d’exercice des professionnels de santé permet de rappeler l’existence de la Mission complémentaire 1, visant à favoriser l’installation de nouveaux médecins sur le territoire. Construire une CPTS active, c’est construire un territoire attractif permettant d’alléger (en faisant preuve d’optimisme) la charge pesant sur l’ensemble, particulièrement en milieu rural.

“La dynamique de la CPTS du Pays d’Auray a par exemple initié une gestion groupée de la collecte des déchets de soins pour un dispositif plus facile à utiliser pour les soignants, et une charge financière mutualisée. C’est très attractif ! Mais la CPTS a aussi permis de mettre en place une surveillance bienveillante de tous les soignants, avec un médecin et un psychologue formés à la souffrance au travail des professionnels de santé.”

Dr Éric Henry

Médecin Généraliste, Président de l’Association Soins aux Professionnels en Santé et Vice-Président de la CPTS Pays d’Auray.

Pour en savoir plus : Co-écrit avec notre partenaire Easis, le livre blanc 2020 détaille 12 bonnes pratiques des Communautés Professionnelles Territoriales de Santé, illustrées par les témoignages des acteurs précurseurs de ces dispositifs.