Déserts médicaux, des élus en campagne

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« Nous ne sommes qu’au début de la crise. Si rien n’est fait, on court vraiment à la catastrophe », réagissait Dominique Dhumeaux, premier vice-président de l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF), suite à la publication de l’étude : L’accès aux soins en milieu rural, le 4 février dernier. Avec 148 cantons dépourvus de médecins contre 91 en 2010, les déserts médicaux sont plus que jamais au cœur des débats sur l’égalité de l’accès aux soins.

Pourtant, la notion d’inégalité territoriale n’est pas nouvelle. Précurseur incisif de la mise en exergue des disparités françaises, Jean-François Gravier signe en 1947, son célèbre pamphlet Paris et le désert français. Il dénonce alors la congestion de la France sur 4% de son territoire et annonce la nécessité de créer un “Grand Paris” et 16 régions pour dynamiser toute la France.

L’antidote aux maux des territoires semble dès lors un maillage fin des services et en particulier du système de soins. Soixante-dix ans plus tard, il paraît inconcevable d’attendre le miracle annoncé de la fin du numerus clausus pour répondre aux besoins des patients.

Au milieu des déserts… les oasis du soin

Oui, les 226 000 médecins en exercice peuvent difficilement assurer à eux seuls une répartition homogène du soin, lorsque le modèle leur impose l’installation. Ne serait-il pas judicieux de mettre en avant la médecine itinérante, comme l’autorise l’article 74 (article R.4127-74) du code de la santé publique ? En outre, avec près de 75 000 pharmaciens et bientôt 750 000 infirmiers implantés au plus près des habitants, n’est-il pas temps d’élargir la délégation de tâches ?

Oui, la télémédecine facilite l’accès aux soins sur les territoires, dès lors que le patient ne vit pas en zone blanche. C’est pourquoi, le maintien du remboursement du soin par téléphone, qui a prouvé son efficacité en pleine crise sanitaire, semble une nécessité. Pourquoi ne pas le maintenir dans le cadre des organisations territoriales de type CPTS, dès lors que le projet de santé est validé par les tutelles ?

Oui, l’installation des professionnels de santé représente un coût et beaucoup redoutent l’entrée dans l’univers administratif. Certains optent pour le salariat dans les centres et les maisons de santé, cependant ce mode de pratique est encore trop peu connu. À quand une campagne de sensibilisation auprès de l’ensemble des acteurs de la santé ?

Oui, les incitations financières portées par certains territoires parviennent à convaincre les praticiens de s’installer lorsque leur formation est terminée. Pourquoi ne pas anticiper cette phase post-diplôme en incitant davantage les internes à exercer quelques mois dans les déserts médicaux ?

Oui, l’optimisation du temps médical est devenue une attente partagée des acteurs de la santé. Il faut cependant accompagner les professionnel(le)s de santé sur les nouveaux challenges organisationnels que représentent les CPTS. N’est-il pas temps de les former davantage à la coordination des soins pendant leur cursus universitaire ?

Les associations d’élus mobilisées

À – long ? – terme, la fin du numerus clausus, le recours aux technologies de l’information et de la communication, le déploiement de structures telles que les CPTS et les SAS (Service d’Accès aux Soins), doivent rebattre les cartes de notre système de santé. Il devient cependant urgent de créer des oasis de l’accès aux soins pour tous, comme le révèle l’analyse du géographe Emmanuel Vigneron pour l’AMRF.

Démontrant un :« accès aux soins de qualité inférieure à celle de la moyenne des territoires Français », le rapport énonce les chiffres éloquents de la disparité. Ainsi : “Les habitants du rural consomment 20 % de soins hospitaliers en moins que ceux des villes (à âge et sexe égal)” et ces statistiques semblent en totale contradiction avec le principe même de l’état-providence, garant des « risques » vieillesse, maladie, chômage et famille.

Au 1er janvier 2021, 21 métropoles sont recensées en France. Certes, elles (re)créent des centres névralgiques en région et Paris n’est plus la solution à tout. Cependant, supposées redistribuer les forces de l’attractivité sur l’ensemble du territoire national, elles polarisent à leur tour les activités au sein des régions. Dans les zones à faible densité démographique, la lutte contre la fermeture des services publics reste un combat de chaque instant pour les édiles.

Pas de service, pas d’habitant, pas d’habitant, pas de service, telle s’écrit l’impossible équation de ces territoires en retrait du bouillonnement citadin. Alors que la santé est une priorité pour 81 % des Français, la présence d’un maillage médical complet reste une condition sine qua non de viabilité. Des solutions existent, encore faut-il les appliquer.