6 questions au Dr Émilie Dehours, médecin au Centre de Consultation Médicale Maritime

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Les marins sont historiquement les premiers patients de la télémédecine, suivis par radio, par téléphone et plus récemment en visio par le CCMM de Toulouse. Depuis plus de 30 ans, des professionnels de santé se relaient 24h/24 et 7j/7 pour assurer gratuitement une réponse médicale aux marins de tous pavillons. En assurant des soins de qualité aux marins, ils veillent ainsi à limiter les conséquences des blessures ou des maladies survenues en mer. 

Partenaire Santé de La Solitaire du Figaro, Medaviz a rencontré l’un des douze médecins de ce service unique au monde. 

Medaviz : Quelles sont les principales missions du Centre de Consultation Médicale Maritime ?

Dr Emilie Dehours : Le CCMM est disponible, à l’écoute des marins 24h/24, 365 j/an. Nous répondons aux problèmes de traumatologie, de toxicologie, à tous les problèmes médicaux qui surviennent à bord des navires en mer. Quel que soit leur pavillon, quelle que soit la nationalité du patient et quelle que soit la zone de navigation du navire.  

Medaviz : Comment devient-on médecin au sein du CCMM et qui compose l’équipe ? 

Dr Emilie Dehours : L’équipe du CCMM regroupe 12 médecins, 2 secrétaires et 1 informaticien. Les médecins exercent tous au SAMU de Toulouse, dans le pôle de médecine d’urgence. Nous avons une activité mixte : en tant que médecin au CCMM, au service des urgences des Hôpitaux de Toulouse, au SAMU avec une activité pour le 15 et au SMUR dans les véhicules qui partent en intervention auprès des malades. 

Un médecin est dédié à la consultation maritime chaque jour, aux heures ouvrables. Le reste du temps, pour assurer une réponse 24h/24, le médecin CCMM occupe les deux fonctions : CCMM et régulation du SAMU. La nuit par exemple, nous avons la double activité.  

Elle est totalement intégrée aux services d’urgences de Toulouse, ce qui permet par exemple, lorsque nous avons une demande pour un avis en dermatologie ou pour une maladie infectieuse, un problème ophtalmologique, etc, d’avoir tout de suite accès aux spécialistes qui exercent à l’hôpital, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Nous utilisons très rarement l’accès aux spécialistes, peut-être 2 à 3 fois par mois, mais nous avons cette possibilité. 

Medaviz : Combien de demandes de soins traitez-vous chaque année ?

Dr Emilie Dehours : En 2020, nous avons géré 2 168 dossiers pour 5 718 appels. Parmi nos patients, il y a 50 % de Français et 50 % d’étrangers, qui naviguent partout. Nous parlons tous en anglais et quelques consultations s’effectuent en espagnol avec les gens qui naviguent sur la zone méditerranéenne ou le long des côtes espagnoles. 

Globalement tout le monde parle anglais, avec plus ou moins d’accent…. Lorsqu’on ne se comprend pas à l’oral, on utilise le mail pour nos questions/réponses.

Medaviz : Quelles sont les principales pathologies des marins ? 

Dr Emilie Dehours : Nous rencontrons près de 70 % de problèmes médicaux, 29 % de problèmes traumatiques et environ 1 % des cas sont liés à la toxicologie. Ce sont, soit des intoxications volontaires, soit accidentelles avec des produits chimiques, comme des projections dans les yeux par exemple. 

Les marins professionnels sont formés, cela fait partie de leur brevet de navigation. Il existe 3 niveaux de formation médicale obligatoire, selon le type de brevet. Presque tous les marins ont un niveau 1, qui comprend 1 heure de cours sur les problèmes médicaux, pour rappeler les gestes d’urgence sur les arrêts cardiaques et les premiers gestes de secourisme. Les niveaux 3 sont quant à eux, des officiers de commerce des écoles de marine marchande, avec de grosses dotations à bord. Ils sont capables de faire une suture, des injections, de poser une perfusion ou de mettre une sonde urinaire. Pour ces soins médicaux, ils ont une formation de 3 semaines avec un recyclage tous les 5 ans. Cela nous permet d’avoir quelqu’un de compétent au téléphone pour donner des conseils, faire des actes ou surveiller le patient.

Medaviz : De la radio à la téléconsultation, le suivi des marins à distance a bénéficié de l’apport du digital. Quelles en sont les dernières évolutions ? 

Dr Emilie Dehours : Pour nous, le téléphone représente 90 % des communications. Nous faisons beaucoup de suivi à bord et dans ce cas nous utilisons le mail, mais dès que nous avons une première consultation, nous préconisons systématiquement la phonie, pour avoir de meilleurs renseignements médicaux. Nous avons toujours beaucoup de questions à poser et l’appel reste la meilleure source d’informations. 

Le mail nous sert surtout pour l’envoi de datas, de photos, d’électrocardiogrammes pour les marins équipés d’appareils de mesure, pour la transmission de la fiche d’observation médicale ou les datas de suivi. 

La visio en télémédecine est possible lorsque nous avons suffisamment de bande passante. Nous espérons faire de plus en plus de visio et c’est ce que les réseaux télécoms cherchent à mettre en place. Nous avons des photos dans la moitié des cas et avec une vision dynamique, nous aurions encore plus d’informations. 

Medaviz : Quels conseils de santé donneriez-vous aux marins amateurs avant un grand départ ?

Dr Emilie Dehours : Ils doivent se poser la question : “S’il m’arrivait quelque chose en mer, que faudrait-il faire ?”. Ceux qui se posent la question regardent sur Internet, arrivent sur le site du CCMM et généralement, nous appellent. lls doivent se renseigner pour savoir qui appeler en cas d’urgence, par quels moyens et avoir la bonne dotation à bord, en fonction des pathologies des passagers et de leur nombre, de la durée et du type de navigation (près ou loin des côtes). 

L’un des rôles des médecins du CCMM est le conseil sur les dotations embarquées. Les plaisanciers ont besoin d’une dotation adaptée et nous pouvons leur donner des conseils individualisés lorsqu’ils nous appellent. 

De nombreux documents sont accessibles sur le site et lorsqu’un plaisancier non professionnel nous appelle, nous lui demandons de remplir un dossier médical pour chaque passager à bord, que nous allons lier à notre base de données. En cas de problème, nous avons leurs informations, ce qui facilite la prise en charge. J’ai récemment eu l’appel d’une famille qui effectuait une traversée de l’Atlantique. Lorsqu’ils m’ont contactée pour leur fille, j’avais déjà toutes les informations avec leur fiche médicale et leur dotation, ce qui nous a permis de gagner du temps. Notre conseil est donc tout simplement de préparer le départ en nous appelant.