Professionnel de santé ?

“La slow téléconsultation, ce n’est pas faire moins, c’est faire mieux”

Dernière actualisation le 9 avril 2026

Entretien avec Dr Nicolas Camus, médecin généraliste à Bordeaux et directeur médical de Medaviz

Accélération des pratiques, standardisation des soins, pression du « toujours plus vite »… Face à ces nouveaux écueils, de nombreux professionnels de santé s’interrogent sur le sens de leur métier.  À contre-courant de cette vision, la slow médecine – et la slow télémédecine – proposent une autre voie. Une médecine plus sobre, plus respectueuse et plus juste, qui replace le temps, l’écoute et le discernement clinique au cœur de la relation soignant-soigné.

Chez Medaviz, nous sommes les pionniers de la slow téléconsultation en proposant un cadre éthique exigeant, des protocoles clairs et une attention particulière portée à la qualité de l’échange permettant aux médecins de pratiquer une télémédecine qui prend le temps nécessaire. À contre-courant d’une médecine du « tout, tout de suite », la slow téléconsultation remet le temps, l’écoute et le discernement clinique au cœur du soin. 

Dans cette interview, le Dr Nicolas Camus, directeur médical de Medaviz, mais également médecin généraliste en cabinet à Bordeaux, partage sa vision de la slow téléconsultation et explique comment il l’applique au quotidien, entre exigence clinique, responsabilité médicale et respect du patient. Une immersion dans une autre manière de pratiquer la médecine et la télémédecine.

Slow médecine, slow téléconsultation : une autre manière de soigner

La slow médecine peut être perçue comme un concept théorique ou idéaliste. Que signifie-t-elle concrètement pour vous, en tant que médecin ?

Dr Camus : Pour moi, la slow médecine n’est ni une posture militante ni un retour en arrière. C’est avant tout une médecine du discernement. Elle consiste à prendre le temps nécessaire pour comprendre une situation clinique, écouter le patient et prendre une décision juste.
Concrètement, cela veut dire accepter de ne pas tout médicaliser, et de ne pas répondre systématiquement par un acte ou une prescription. Cette approche est bénéfique à la fois pour le patient et pour le soignant.

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Téléconsultation et lenteur : une contradiction ?

La télémédecine est souvent associée à la rapidité et à l’instantanéité. Comment peut-elle s’inscrire dans une démarche de slow médecine ?

Dr Camus : C’est une idée reçue très répandue. La téléconsultation n’est pas lente ou rapide par nature : tout dépend du cadre dans lequel elle est pratiquée. Lorsqu’elle est utilisée comme un outil de ‘volume’, de réponse immédiate à toutes les demandes, elle peut effectivement devenir une médecine de consommation. En revanche, intégrée dans une démarche éthique, structurée et clinique telle que pratiquée au sein du service 24/7 de Medaviz, elle devient un formidable levier de médecine pour faciliter l’accès aux soins.

La slow téléconsultation au quotidien

Très concrètement, comment appliquez-vous les principes de la slow médecine ?

Dr Camus : Tout commence par la posture clinique. J’aborde chaque patient en téléconsultation comme je le fais en présentiel : avec écoute, reformulation et prudence. Je prends le temps de comprendre le contexte de la demande, le parcours du patient, ses attentes. Il m’arrive de refuser certaines demandes car dire non fait aussi partie d’une médecine responsable.

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La sobriété médicale au cœur de la pratique

La slow médecine repose notamment sur le principe de sobriété. Comment cela se traduit-il en téléconsultation ?

Dr Camus : La sobriété, c’est lutter contre la sur-prescription et les actes inutiles. En téléconsultation, la tentation peut être forte de « sécuriser » le patient par une ordonnance ou un examen.
Or, dans de nombreux cas, l’écoute attentive, l’explication et la surveillance clinique sont suffisantes. J’explique beaucoup aux patients pourquoi un examen n’est pas nécessaire, ou pourquoi attendre est parfois la meilleure option.

Cette démarche renforce la confiance et l’autonomie du patient, et elle participe à une médecine plus durable, tant sur le plan humain qu’économique.

Redonner du sens au métier de médecin

En quoi la slow téléconsultation contribue-t-elle à améliorer le bien-être des soignants ?

Dr Camus : Elle redonne du sens à notre pratique et notre engagement. Quand on sort de la logique du « tout, tout de suite », on retrouve une pratique plus alignée avec nos valeurs professionnelles.
Prendre le temps d’écouter, de réfléchir réduit considérablement la charge mentale et le sentiment d’épuisement. La téléconsultation, lorsqu’elle est bien organisée, permet aussi de mieux structurer son temps de travail et de préserver des espaces de respiration indispensables.

Le cadre éthique : un prérequis indispensable

Chez Medaviz, vous insistez beaucoup sur l’importance des protocoles éthiques. Pourquoi sont-ils essentiels ?

Dr Camus : Parce que la slow téléconsultation ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté individuelle. Elle nécessite un cadre clair, partagé et sécurisé. Chez Medaviz, nous avons fait le choix de règles fortes : pas d’arrêts de travail en téléconsultation, pas de prescriptions sur demande, pas de bilans injustifiés. Ce cadre protège le patient, mais aussi le médecin. Il permet de pratiquer une médecine juste, responsable et cohérente avec les valeurs de la slow médecine.

Quel message pour les médecins qui hésitent encore ?

Que diriez-vous aux médecins qui souhaitent ralentir leur pratique, mais doutent de la faisabilité au quotidien ?

Dr Camus : Je leur dirais que ralentir ne signifie pas travailler moins, mais travailler mieux. La slow téléconsultation n’est pas une révolution brutale : ce sont souvent des ajustements progressifs, des choix organisationnels, une posture différente. 

La télémédecine, bien utilisée, peut être un véritable allié pour retrouver une pratique plus sereine, plus humaine et plus durable. Et surtout, elle permet de renouer avec l’essentiel de notre métier : soigner avec justesse, respect et discernement. Et ce, pour le bien être de tous, soignants comme soignés.

L’essentiel à retenir

En une phrase, qu’est-ce que la slow téléconsultation ?

La slow téléconsultation est une pratique médicale à distance qui privilégie le temps juste, l’écoute attentive et le discernement clinique, afin de proposer des soins pertinents, responsables et centrés sur le patient, plutôt que des réponses rapides et systématiques.

Qu’est-ce qui différencie concrètement la slow téléconsultation d’une téléconsultation « classique » ?

La différence repose sur la posture et le cadre : des consultations non chronométrées à l’excès, des prescriptions raisonnées, le refus des demandes non justifiées médicalement, et des protocoles éthiques clairs qui placent la qualité du soin avant la quantité d’actes.

Pourquoi la slow téléconsultation est-elle une réponse pertinente aux enjeux actuels du système de santé ?

Parce qu’elle permet à la fois d’améliorer la relation médecin-patient, de limiter la surmédicalisation, de préserver la santé mentale des soignants et de garantir un accès équitable à des soins de qualité, en s’appuyant sur la télémédecine comme un outil au service d’une médecine plus humaine et durable.