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Médecins : comment éviter l’épuisement ? Nos 10 bonnes pratiques

Découvrez les conseils et outils pratiques pour prendre soin de votre santé mentale

Alors que la santé mentale est à nouveau érigée en priorité nationale en 2026, il est indispensable de prendre soin des soignants qui ne sont aucunement épargnés par la souffrance psychique. Mais comment repérer les signes d’épuisement ? Comment se protéger, réorganiser son activité, déléguer, accepter le changement et retrouver du sens ?

Autant de questions qui ont été au cœur de notre webinaire lors duquel nous avons échangé avec Dr Eric Henry, médecin généraliste et président de l’association SPS (l’institut pour la santé des soignants), qui accompagne des soignants en situation de détresse psychologique. 

Retrouvez dans cet article son expérience de terrain, mais aussi ses conseils et outils pratiques, accessibles et immédiatement mobilisables pour préserver votre santé mentale et continuer à exercer dans les meilleures conditions possibles.

Médecins en mutation : comprendre les nouvelles réalités de l’exercice

Depuis la fin des années 1990, la médecine générale connaît une transformation profonde : le départ à la retraite anticipée de 10 000 médecins a entraîné l’émergence des déserts médicaux, accentuant le stress des praticiens et obligeant la profession à repenser son organisation. 

Cette période a vu naître les maisons de santé pluridisciplinaires (ou MSP), la contractualisation ou encore les réflexions autour du paiement forfaitaire. Parallèlement, l’évolution des aspirations des jeunes médecins a renforcé les difficultés d’installation dans les territoires sous-dotés. 

Les généralistes se retrouvent aujourd’hui confrontés à une charge de travail croissante. Cette intensification de l’activité est parfois difficile à vivre, notamment pour les médecins d’une génération habituée à davantage de liberté d’exercice. 

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Des informations pratiques pour repérer les signes de burn-out et (ré)agir

1. Réalisez un auto-diagnostic à l’aide d’échelles

La première étape consiste à réaliser des échelles de mesure en les abordant presque comme un exercice ludique. Il existe en effet de nombreux tests et questionnaires dédiés au repérage du burn-out, mais aussi à l’évaluation de la consommation d’alcool, de drogues ou d’autres facteurs de risque. Vous pouvez les retrouver notamment sur le site de l’association SPS

Ces outils permettent d’obtenir une première indication de son état psychique et de son équilibre général. 

2. Clarifiez votre parcours professionnel pour prévenir l’épuisement

Pour prévenir le burn-out, il est essentiel de faire un point honnête sur votre situation professionnelle. “Suis-je au bon endroit ? Est-ce que j’exerce toujours le métier auquel j’aspirais ? Ai-je des regrets ou des envies d’évolution ?”

Ne pas se sentir enfermé dans un cadre immuable est fondamental. De nombreuses options existent : changer de lieu d’exercice, déménager son cabinet, investir dans de nouveaux locaux, ou encore envisager une collaboration avec d’autres professionnels de santé. Identifier les possibilités de changement permet de retrouver de la liberté, du sens et une dynamique positive dans son parcours.

3. Allégez votre charge grâce à une secrétaire ou un(e) assistant(e) 

Confier une partie du travail administratif à une secrétaire ou à une assistante médicale peut transformer le quotidien d’un médecin. Le Dr Henry en témoigne : après 30 ans d’exercice en solo pour économiser des coûts, il a fini par ressentir l’isolement et la lassitude. Il a alors décidé de créer une MSP et d’embaucher une assistante médicale, puis une secrétaire. 

Depuis, il ne répond plus au téléphone, ne gère plus l’agenda et peut se consacrer entièrement à la pratique médicale. Cette nouvelle organisation s’est révélée particulièrement efficace et confortable.

Sur le plan financier, les aides pour embaucher une assistante médicale ont facilité la transition. Son chiffre d’affaires n’a pas diminué ; au contraire, il a continué à progresser, lui permettant de maintenir ses revenus tout en travaillant dans des conditions nettement plus sereines.

4. Construisez une collaboration efficace en équipe

Une organisation solide repose sur une équipe bien structurée et impliquée. Pour le Dr Henry, disposer d’une assistante médicale et d’une secrétaire offre une réelle continuité : lorsque l’une est absente, l’autre assure le relais, garantissant un cabinet toujours opérationnel. Le télétravail, mis en place le mercredi, a également renforcé la cohésion et apaisé les relations. Entretenir un climat de confiance et une bonne entente est essentiel, autant pour la qualité de travail interne que pour l’image du cabinet.

Leur rémunération doit refléter leur expertise et leur engagement. Comme le souligne le Dr Henry, investir dans son personnel, c’est investir dans la qualité de son exercice. Prévoir une augmentation annuelle, au moins indexée sur l’inflation, contribue à maintenir leur motivation.

L’implication est un autre pilier. Réunions hebdomadaires, participation aux rencontres CPTS, moments informels comme un déjeuner d’équipe : autant de moyens de rappeler que « tout le monde est dans le même bateau ». Enfin, instaurer des objectifs clairs (comme une prime conditionnée à l’assiduité) peut encourager une dynamique positive et flexible.

Même l’organisation des vacances peut être repensée : fermer totalement le cabinet permet de préserver l’équilibre de chacun, tout en s’appuyant sur des dispositifs territoriaux pour rediriger les patients en cas de besoin.

5. Optimisez votre organisation en réduisant les sources de frustration

Pour améliorer votre bien-être au travail, il est indispensable d’identifier et de réduire les « points irritants » qui parasitent votre quotidien. Cela implique d’examiner votre organisation avec lucidité :

Analyser ces éléments un à un permet de mieux comprendre ce qui freine votre activité, et d’ajuster votre organisation pour retrouver efficacité et confort de travail.

À lire aussi : Fiche pratique : Médecins, 13 astuces pour prendre soin de votre santé mentale

6. Adoptez un rythme de travail et faites des pauses

Chaque médecin doit trouver une organisation qui lui correspond. 

L’exemple du Dr Henry :il a réaménagé entièrement son planning en consultant de 7h à midi, puis de 15h à 19h15, avec une pause en milieu d’après-midi. La plage de midi à 15h est désormais consacrée à des activités personnelles (déjeuner, courses, démarches administratives, etc.) ce qui lui permet de retrouver une vie sociale et un équilibre quotidien. 

Avec l’aide de sa secrétaire et de son assistante, il a pu bâtir une organisation efficace qui lui permet d’assurer 30 à 40 actes par jour tout en préservant son bien-être.

L’essentiel est de construire une organisation alignée avec votre manière de travailler et vos besoins, pour gagner en efficacité et en qualité de vie.

7. Écoutez votre entourage pour mieux évaluer votre état

Il est souvent difficile d’avoir un regard objectif sur sa propre santé mentale. C’est pourquoi l’écoute de son entourage joue un rôle essentiel. Le conjoint, les secrétaires, les collègues de la CPTS, les enfants, le comptable ou encore un psychologue peuvent apporter des signaux précieux sur un mal-être que l’on ne perçoit pas soi-même. 

S’autoriser à partager ses difficultés et accepter le regard des autres permet non seulement de mieux comprendre la nécessité d’un changement, mais aussi d’engager des actions plus justes et plus sereines.

8. Préservez vos limites sans culpabiliser

Il est essentiel d’apprendre à ne pas se sentir coupable face aux patients. Comme le rappelle le Dr Henry, le rôle du médecin est d’être professionnel, pas de se sacrifier. Trouver la juste distance permet de protéger sa santé mentale tout en assurant une prise en charge de qualité.

9. Améliorer la communication médicale avec vos patients

L’empathie et la bienveillance sont des compétences essentielles dans la pratique médicale, et qui peuvent s’apprendre. La méthode Process Communication Model (PCM ou Process Com), conçue à l’origine pour les équipes spatiales de la NASA, permet de comprendre et respecter les différentes façons de penser et de réagir de chacun, favorisant des relations apaisées et efficaces. 

Le Dr Henry partage son expérience : il a en effet entrepris un apprentissage pour devenir un professionnel empathique (“et pas juste sympathique”). Cette démarche lui a permis de mieux se faire comprendre et de mieux comprendre ses interlocuteurs, améliorant significativement sa communication au quotidien. 

“Avant, j’avais l’impression que personne ne me comprenait quand j’expliquais quelque chose. Et après, j’ai compris pourquoi il ne me comprenait pas. Ça a changé ma vie en une journée.La communication est un élément central du métier de médecin : ce sont souvent les détails de la manière dont vous communiquez qui déterminent la qualité des interactions avec vos patients. Développer une communication empathique et adaptée est donc un levier majeur pour réduire les conflits, mieux accompagner les patients et préserver sa propre santé mentale.

10. Diversifiez votre activité

Pour rompre une routine parfois lourde, il peut être bénéfique de diversifier votre activité professionnelle. Exercer dans deux structures différentes, s’investir dans des missions complémentaires (prévention, enseignement, formation, actions communautaires) ou rejoindre un service de téléconsultation médicale permet de modifier son rythme de travail et de multiplier et varier les interactions sociales.

Soutien psychologique et prévention du suicide avec l’association SPS

L’association SPS (l’institut pour la santé des soignants) offre un soutien psychologique accessible 24h/24 et 7j/7 via leur application. À tout moment, un psychologue clinicien formé peut répondre immédiatement, sans rendez-vous. Conscient que l’épuisement professionnel expose les médecins à un risque élevé, SPS permet une prise en charge rapide et adaptée. L’association gère aujourd’hui environ 20 appels journaliers émanant de praticiens en souffrance.

L’association propose des formations gratuites en distanciel pour prévenir le suicide et former des sentinelles capables de repérer les signes de détresse psychologique chez les patients, contribuant ainsi à un accompagnement préventif et structuré.

Découvrir l’association SPS

Un grand merci au Dr Eric Henri de l’association SPS (l’institut pour la santé des soignants) pour ses informations utiles, son partage d’expertise et d’expérience.

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